Une des composantes internes des entreprises est ce que l'on nomme "la culture d'entreprise". La "culture" d'entreprise est en quelque sorte un écosystème original de comportements, de codes sociaux, de mythologies spécifiques, de valeurs fédératrices promues de façon ouverte par la direction ou l'ensemble du personnel, et de règles non énoncées. "La culture d'entreprise" comporte donc, notamment, des tabous particuliers à cette entreprise. Si dans une conversation entre deux membres du personnel, la logique voudrait que soit abordé un certain sujet, et qu'il ne l'est pas, un troisième membre présent pourra en déduire, de façon plus ou moins consciente, que ce sujet ne doit pas être abordé dans l'entreprise. Cela peut être l'un des mécanismes qui conduit à l'auto-censure.
Il peut donc exister une forme de censure dans une entreprise quelqu'elle soit, et notamment médiatique, sans pour autant que la hiérarchie exerce une contrainte spécifique sur les salariés.
Il faut tout de même savoir que la désinformation peut exister. On peut citer par exemple le cas des bébés prématurés dans des couveuses au Koweit, qui auraient été tués par des irakiens en 1990. Il s'agit d'un énorme bobard monté de toutes pièces par l'agence américaine de relations publiques
Hill+Knowlton Strategies. Cette dernière avait pour client l'association "Citizens for a free Koweit" (les citoyens pour un Koweit libre) financée par le gouvernement koweitien pour soutenir une campagne demandant l'intervention des Etats-Unis pour refouler l'envahisseur irakien. La jeune femme qui avait témoigné du massacre n'était pas une infirmière comme elle le prétendait, mais la fille de l'ambassadeur du Koweit aux Etats-Unis
[14], [15]. Le bobard avait été relayé par les médias du monde entier.
Ce type de désinformation est classique dans le cadre des guerres. Dix ans plus tard, alors que les Etats-Unis préparaient l'opinion à une nouvelle guerre, The Guardian titrait: «Les médias occidentaux suivent une formule tristement familière quand on en vient à la préparation d'une nation à un conflit.», et écrivait:
La façon dont les guerres sont rapportés dans les médias occidentaux suit un schéma tristement prévisible: la première étape, la crise; deuxième étape, la diabolisation du chef de l'ennemi; la troisième étape, la diabolisation de l'ennemi en tant qu'individus; et la quatrième étape, les atrocités. (...) Les médias rapportent que «Nous sommes au bord de la guerre», ou «La guerre est inévitable».
Encore dix ans plus tard, dans les années 2010 cette fois, le même genre de schéma est appliqué à la Syrie, avec la diabolisation de Bachar el-Assad, et une guerre contre la Syrie, mené par l'intermédiaire d'islamistes intégristes.
Poutine, le président russe, subit lui aussi une diabolisation, qui sert probablement à masquer la responsabilité de l'occident dans la crise ukrainienne.
Références
1.
↑ Information sous contrôle, Médias français : qui possède quoi Le Monde diplomatique juillet 2016 (archive)2.
↑ Médias : pourquoi 10 milliardaires contrôlent notre information ? Osons Causer (chaîne Youtube) « la quasi-totalité des médias généralistes sont désormais réunis dans une vingtaine de grands groupes. La plupart appartiennent à de riches industriels qui ont fait fortune dans des domaines bien éloignés de la presse (transports, bâtiment, luxe, télécommunications…). (...) Dans ce paysage médiatique français, rares sont les titres indépendants. Citons tout de même "Le Canard enchaîné", "Charlie Hebdo", "Marianne" et Mediapart, "Politis"... Le plus souvent, plusieurs personnalités (notamment des journalistes) s'y partagent les parts. »
« Avant que l’indignation générale ne le contraigne à reculer, le gouvernement de M. Manuel Valls a tenté d’interdire une manifestation syndicale en France - du jamais-vu depuis des décennies. Cette dérive autoritaire doit beaucoup au climat de guerre sociale qu’entretiennent les principaux médias du pays. Subissant la férule de ses propriétaires, la presse renonce au rôle de défenseur des libertés politiques. »
« les médias recrutent des salarié(e)s sélectionné(e)s et formé(e)s de façon que toutes leurs propriétés (origine sociale, classe d'âge, parcours scolaire, diplôme universitaire, bagage culturel, goûts esthétiques, préférences morales, etc.) contribuent à les faire adhérer activement aux différentes expressions de l'idéologie dominante (hédonisme consommatoire, individualisme libertaire, écolo-humanitarisme, américano-tropisme, européanisme bruxellois inconditionnel, préférence pour le privé contre le public, hostilité envers le syndicalisme de classe et spécialement envers la CGT, favoritisme pour la CFDT, etc.), de même qu'ils adhèrent à cette forme d'analphabétisme politique caractéristique de la classe moyenne moyennement instruite qui consiste à réduire la politique à ce que les personnalités politiques, et en particulier celles occupant des responsabilités dans les appareils et les institutions, proclament qu'elles font, qu'elles ont fait ou qu'elles vont faire. »
« Comment se porte l'indépendance de la presse? Mal, très mal même, depuis que des industriels, des hommes d'affaires et des banquiers ont mis la main sur la quasi-totalité des médias français. (...) nos collègues européens considèrent généralement avec stupéfaction l'état de la presse française. (...) Natalie Nougayrède, ancienne directrice du Monde, montre combien cette indépendance n'est que de papier. En pointant deux problèmes majeurs: la gouvernance du groupe Le Monde, soigneusement brouillée par les actionnaires, pour mieux être en mesure de peser de tout leur poids (...) Lors du rachat du Monde en 2010, les journalistes ont perdu deux postes clés: la présidence du directoire et la fonction de directeur de la publication. Ces deux derniers postes ont été confiés au représentant direct du trio d'actionnaires, le gestionnaire Louis Dreyfus, de fait installé en véritable patron du groupe Le Monde, et qui a aussitôt marqué de près son territoire en allant jusqu'à recommander tel ou tel journaliste quand il ne procédait pas directement à leur embauche. »
« Le jeudi 10 décembre 2015, lors d’une réunion d’un Conseil de surveillance de L’Obs, les trois actionnaires – Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Pierre Bergé – « donnent un mois à Matthieu Croissandeau pour changer la ligne éditoriale » (...) au fil des jours les soupçons d’un licenciement politique gagnent en consistance.
Le vendredi 20 mai, Aude Lancelin est reçue par Jacqueline Volle pour l’entretien préalable à son licenciement. La veille déjà, Libération s’interrogeait : « Aude Lancelin virée pour avoir fait battre le coeur de "L’Obs" trop à gauche ? » (...) Bref : les actionnaires actionnent et Aude Lancelin est licenciée. »
« Nouveau séisme chez Vivendi : Cécilia Ragueneau, directrice d’i-Télé, et Céline Pigalle, directrice de la rédaction du groupe Canal+, ont été débarquées, vendredi 4 septembre, par Vincent Bolloré, le tout puissant patron du géant des médias. L’ex-directeur de la rédaction de Direct 8, Guillaume Zeller, est nommé directeur de la rédaction de la chaîne d’info. »
« Sous la pression du CSA, qui l'avait auditionné le 24 septembre 2015, Vincent Bolloré s'était engagé à créer un comité d'éthique pour assurer l'indépendance éditoriale de sa nouvelle chaîne. C'est désormais chose faite. Seul problème : comme le révèle BFM Business, Bolloré a placé deux de ses proches dans ce comité de six membres ((René Ricol et Jean-Marie Colombani)). (...) A priori, Bolloré a peu de souci à se faire (...). (...) Ils seront donc six : René Ricol (expert comptable), Jean-Marie Colombani (ex-directeur du Monde, directeur de Slate.fr), Michèle Reiser (réalisatrice, ancienne membre du CSA, veuve du dessinateur Reiser), Jacqueline de Guillenchmidt (seule membre du comité d'éthique d'I-télé à ne pas avoir démissionné en septembre 2015 pour protester contre la prise de pouvoir de Vivendi sur Canal), Colette Neuville (présidente de l'Association de défense des actionnaires minoritaires) et Jean-Marie Coulon (président honoraire de la cour d'appel de Paris). »
« Rappelons qu'à i-Télé, deux des trois membres du comité d'éthique ont démissionné en septembre à la suite de la reprise en main par Vincent Bolloré. Une seule n'a pas démissionné: Jacqueline de Guillenchmidt, a relevé Arrêt sur images... Interrogé, Canal Plus n'a pas souhaité faire de commentaires. »
« L'ancien directeur de la rédaction de Paris Match quitte définitivement le groupe de presse, licencié pour "dérive déontologique", un peu plus d'un an après avoir publié en couverture du magazine, le 25 août 2005, une photo de Cécilia Sarkozy au côté du publicitaire Richard Attias.
(...)
En octobre 2005, un peu plus d'un mois après la publication du numéro litigieux, Arnaud Lagardère (Le propriétaire du magazine Paris Match) avait prévenu M. Genestar qu'il ne dirigerait plus le magazine pendant la campagne présidentielle. "Il y a un problème de confiance entre nous", arguait M. Lagardère, qui n'avait été prévenu de la couverture qu'une fois le magazine imprimé. Mais il n'avait pas caché à ses cadres qu'il avait été ébranlé par la colère de Nicolas Sarkozy. »
12.
↑ L’état de la démocratie en France en 2017 - 1ère table ronde - Université UPR 2017 Youtube, chaîne de l'UPR, voir vers 10mn10s novembre 2017 « C’est triste à dire, mais à la pige, je raisonne d’abord en termes de productivité et moins en termes d’intérêt ou de plaisir : un sujet est-il financièrement intéressant à traiter ? Si oui, je ne m’accorde en général pas beaucoup de temps de réflexion avant de lancer mes recherches et interviews. En fait, les tarifs proposés par les rédactions (négociés au nombre de feuillets rendus) sont souvent si bas que le temps qu’on peut consacrer à un sujet est en général compté. »
« L'adolescente, donc le témoignage aida à construire le soutien à la guerre dans le Golf persique, était identifiée seulement par le nom "Nayirah", une mesure supposée protéger les membres de sa famille toujours au Koweit. »
« Le comité du Congrès ne la connaissait que par son nom "Nayirah" et une séquence télé de son témoignage montrait la colère et la détermination sur les visages des députés qui l'écoutaient. Le président Bush se référa à cette histoire 6 fois durant les cinq semaines suivantes comme d'un exemple de caractère diabolique du régime de Saddam Hussein. (...) L'histoire était une fabrication et un mythe, et Hill & Knowlton avait coaché et fait répété Nayirah, l'adolescente koweitienne, pour sa comparution devant le comité du Congrès (...). »
« Most societies have an elite and the elite try to stay in power. They do this by controlling the means of production and the cognitive map, the way we think. And what really matters is what is left unsaid, undebated. »
17.
↑ Les Quatre Cavaliers (2012) [VOSTFR] - avec Noam Chomsky, Joseph Stiglitz, John Perkins, etc. (5mn05s) « Bruxelles abrite 2500 structures de lobbying, 15 000 lobbyistes, soit le 2ème pôle de lobbying mondial. »
« The Brussels Business offre un voyage à l'intérieur des coulisses de la plus grande économie sur la terre - l'Union européenne. Il explique l'historique du lobbying, le quatrième pilier fondamental pour comprendre comment sont créées les lois qui déterminent la vie de plus de 500 millions d'Européens.
Sous forme d'un docu-thriller politique, The Brussels Business montre la version non officielle de l'intégration européenne. Il ajoute un élément de réponse à une question que des millions d'Européens se posent: Qui dirige l'Union européenne? »
« Les foyers français ont passé pas moins de 3h47 par jour devant leur écran, selon la société Médiamétrie qui analyse et mesure les comportements du public. Une durée de visionnage en progression de 15 minutes entre 2010 et 2011 rappelle TéléObs. On peut, par contre, noter que pour la première fois, Médiamétrie a pris en compte la consommation différée de la télévision avec les enregistrements. (...) Des chiffres en hausse malgré tout: les enfants entre 4 et 14 ans regardent quotidiennement la télévision 2h18, les jeunes -15/34ans- la regardent 2h45 et ce sont les plus de 50 ans qui battent les records en la regardant 4h59 par jour! »
« En 2012, les Français ont regardé la télévision en moyenne trois minutes de plus par jour, soit 3 heures 50 contre 3 heures 47 en 2011. C'est ce que révèle la dernière étude de Médiamétrie. »